Friedrichsbad constitue l’endroit idéal pour une première expérience naturiste à l’allemande: ces bains irlando-romains sont le joyau de Baden-Baden. Les thermes ont plus de 140 ans et ont vu défiler des paires de fesses depuis le XIXe siècle, des nobles, des roturiers, des riches, des humbles, des célèbres, des inconnues! Ici tout le monde est logé à la même enseigne: on se dévêtit et on prend les eaux, on profite du hammam, on bénéficie des massages, en tout bien tout honneur natürlich.
Friedrichsbad, vieille dame très digne, affiche sa façade impressionnante en haut du centre-ville. A l’entrée, la caissière vous demande si c’est la première fois, question de vous rappeler sans doute que l’endroit est naturiste. Elle vous indique aussi dans quel vestiaire vous rendre. Quand on monte l’escalier monumental, qui semble sorti d’un palais de justice, certains jours, les hommes vont à gauche, les dames à droite. Mais ce jour-là, c’est mixte et on se rend où l’on veut. Autant vivre l’expérience ensemble quand on est en couple.
Nous avons opté pour le vestiaire hommes: des casier en bois sont posés en plusieurs rangées et forment comme des îlots; on y trouve un peu d’intimité pour se dévêtir. A l’intérieur du casier, une serviette est fournie par l’établissement. Il n’y avait pas grand-monde à l’heure de notre visite. Alors un petit doute a surgi sur la nudité proclamée. D’autant que c’est la première fois tout court que l’on tente le naturisme. “Tu es sûre que les autres aussi seront nus?”. On noue notre serviette autour de la taille, mais pas pour très longtemps: on sera vite rassuré dans la salle d’eau voisine. Un couple en tenue d’Eve et d’Adam se douche abondamment. D’autres hôtes passent, personne ne fait attention à nous. On se douche aussi, essayant de doser l’eau à bonne température – pas facile avec cet appareillage antédiluvien. C’est l’eau thermale qui en jaillit, douce et chaude.

Friedrichsbad propose un parcours en 17 étapes, dont les douches constituent la 1re case. On poursuit avec un séjour en air chaud: une première salle magnifique, avec de superbes carrelages au mur décrivant des paysages champêtres. On se croirait dans des bains turcs, un siècle plus tôt. Le climat est oriental, avec 54°C. Heureusement qu’on est nus comme des vers pour supporter cette chaleur, couchés sur des lits de repos. Une femme passe, apparemment désorientée et un peu effrayée, le corps entièrement enveloppé d’une serviette. Elle n’avait pas compris le concept et file vers la sortie. Trois jeunes passent, un jeune homme et deux amies: ici le thermalisme se pratique sans complexe. On se voit sans se regarder. Dans le respect et le calme aussi: on chuchote, on ne veut pas perturber.

Dans la salle voisine, le thermomètre affole les compteurs: on monte à 68°. Sans rire, l’établissement conseille de ne pas y rester plus de 5 minutes. On s’allonge quelques instants, on transpire beaucoup, on tient deux trois minutes avant de profiter d’une douche bien méritée. La 5e station est parmi les plus agréables: un message au savon et à la brosse. Il fallait payer un petit supplément pour en bénéficier (12 euros) mais cela en vaut la peine. C’est un peu la marque de fabrique de Friedrischbad: pendant 8 minutes (un boulier égraine le temps), on vous lave, frictionne, bichonne jusqu’entre les orteils – les masseurs et masseuses évitent bien évidemment les parties intimes. Le massage donne un coup de fouet à la circulation sanguine et stimule l’irrigation de la peau: une vraie cure de jouvence, annoncent les thermes.
On a laissé sa serviette sur le banc de massage. On en reçoit une petite pour s’asseoir sur les gradins des bains de vapeur, un hammam alimenté par l’eau thermale. Elle coule en cascade et dégage une brume chaude et apaisante. Avec 48° au compteur, on transpire à nouveau, mais c’est fort agréable. Ici aussi on ne reste pas des heures, question de ne pas fondre totalement. A la sortie de la salle, on jette la dernière serviette et on prend une douche avant de plonger dans un premier bassin, joliment décoré, où l’eau est à 36°, juste à température corporelle. On fait trempette au milieu d’autres couples nus et cela ne pose de souci à personne: on partage la même baignoire après tout.

L’étape suivante, la 11e station, constitue assurément le clou du spectacle. C’est un bassin circulaire dominé par une grande coupole: on est dans l’eau, un rien plus froide (28°), le nez au plafond, sublime. On a l’impression de se baigner dans un musée, petite statue de chair et d’os dans un décor grandiose. Lorsque Friedrichsbad fonctionne en zone séparée (grosso modo un jour sur deux), hommes et femmes se retrouvent de toute manière sous la coupole. L’avantage, les jours mixtes, c’est qu’on peut aller voir de l’autre côté: nous étions entrés par la partie hommes, on a jeté aussi un oeil côté dames et on retrouve quasiment la même disposition, à quelques détails près: le bassin est plus joliment décoré et une petite alcôve permet de profiter d’un bain bouillonnant. On y fait assaut de politesse, les places étant chères.
Après le passage par la coupole, les dernières étapes ont forcément un peu moins de saveur: un massage à la crème hydratante est proposé (il se déroule dans un cadre moderne plus quelconque), une salle de repos où vous êtes emmailloté comme un bébé pour profiter d’une courte sieste (un peu bizarre, dans une grande salle ronde avec les lits de repos disposés en cercle) ou encore un bassin d’eau froide à 18° (on ose à peine y tremper un orteil). On s’arrête dans la belle salle de lecture pour boire un thé, moment d’apaisement avant de regagner la civilisation – on entend les bruits de la ville par la fenêtre ouverte. Après une heure trente de bonheur thermal on regagne le vestiaire. Petit moment gênant: le bracelet qui devait ouvrir le casier ne fonctionne pas. On se retrouve tout nu à chercher de l’aide auprès d’un employé, un grand blond costaud, un rien goguenard, qui nous ouvre la porte avec son passe. Un grain de sable microscopique dans un mécanisme par ailleurs bien huilé. On sort de Friedrichsbad, frais, reposé, flottant comme sur un petit nuage. Quel merveilleux moment de détente! On s’est débarrassé de nos soucis. De quelques complexes aussi: le carcan du textile et des interdits pèse parfois lourd. On se sent libres, légers de l’avoir enlevé, en même temps que nos habits.
Friedrichsbad
Römerplatz 1
76530 Baden-Baden
Tél.: +49 7221 275920
https://www.carasana.de/fr/friedrichsbad
